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Tu vous ou tu vous pas ?

Tu vous ou tu vous pas ?
Édito 310
Karen Émilie
Karen ÉMILIE

Le vouvoiement marqueur de l'âge

10 Avril 2018
Entre deux eaux, deux mondes, deux âges, les quarantenaires, dont je fais partie, ont parfois du mal à se situer. Si j’ai déjà parlé ici de la middle life crisis, et que je ne compte pas en reparler tous les quatre matins, façon « je retourne le couteau dans la plaie », il est vrai que notre situation est charnière. Le sketch de Florence Foresti illustre très bien ce passage plus ou moins long, entre la quarantaine mal vécue et l’acceptation de l’après, notre seconde moitié de vie, en terre post-ménopause (pour situer). Et comme souvent, il n’y a que le premier pas qui compte, car la cinquantaine s’annonce fun !

Entre autres symptômes de la quarantaine qui s’installe, des années qui passent, de l’élan qui se tasse… il y a le vouvoiement que l’on se prend en pleine face et que l’on utilise aussi à tous les étages ! C’est le double effet vous : je dis vous et on me dit vous ! Quant à savoir qui a dit vous le premier ?

Etant enfants, nous vouvoyions les adultes, parfois même nos propres parents, façon : « Père, pourriez-vous me prêter votre auto pour aller en boîte samedi soir ? » Admettez qu’hormis « boîte » peut-être trop explicite ou pas assez alambiqué, la formule pourrait faire son effet pour que la réponse soit positive. Dans les faits, vous ou tu, la négative l’emporte souvent sur la positive quand il s'agit d'auto et de boîte. Si plus jeunes, nous avions le vouvoiement facile et poli, entre nous le tutoiement était de rigueur. Et même plus tard au bureau, que l’on soit collègue dans une administration, salarié dans une start-up, vendeur en salle des marchés, commercial dans une PME… Bref, à l’exception des commerçants qui ne tutoient que les hyper habitués et les enfants, le tu « post années 2000 » était installé : les plus vieux nous tutoyaient, ils acceptaient que nous les tutoyions, sauf quelques rigides et big boss.

Reste que le temps passant, les nouvelles générations arrivant, le tutoiement s’est fait plus discret, moins fréquent, plus ambivalent : tutoie ou tutoie pas ? Alors qu’il me semble être encore jeune dans ma tête et plus ou moins jeune dans mon corps, je me prends des vous, en veux-tu en voilà ! Et j’avoue que j’hésite aussi (le cercle vicieux) à dire tu à un plus ou moins jeune, au risque de faire « vieux con » (expression bien masculine).
Le pire ? Les vous qui viennent des trentenaires, qui ont dix ou quinze de moins que moi, à tout casser, et qui me donnent du vous et du madame !

En fait, j’ai peut-être juste besoin d’un Kobido, d’une Kinéplastie, d’une microdermabrasion… bref d’un BON soin du visage de printemps, avec massage, pour retrouver un peu d’éclat, d’ovale, de lisse… pour que le vous glisse sur moi.

Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel édito.
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