« A qui profite le bien-être ? »

Édito 59

Delphine HENRIET
Ce qui ne tue pas, nuit aussi...
27 Mars 2012
Modeste plume comme bien trempée, il est tentant de faire un bon mot, d’avoir une rime sensationnelle, d’envoyer une réplique acérée, de décrocher un scoop, de titrer en une… Et par les temps qui courent, entre la communication à toute heure (comme la restauration sur les autoroutes) et la campagne électorale qui catalyse tout et rien, occuper l’espace est un job à plein temps, qui se mesure en buzz et polémiques. Si moi aussi, je trempe ma plume, je m’étonne toutefois de certains effets d’annonce, « en français dans le titre ». Et je parle naturellement de celui qui, mis entre parenthèses, illustre cet édito : « A qui profite le bien-être ? »
Quelle question ! A peine connotée…
Vous l’aurez compris, il n’est pas de moi, mais celui d’un reportage diffusé le 18 mars dernier sur France 5, à l’heure du film du dimanche soir. Utile de préciser que nous sommes peu nombreux à l’avoir vu, préférant faire ou voir autre chose avant la reprise du lundi. Me sentant concernée, j’assume l’avoir regardé pour m’informer. Et je n’ai pas été déçue du mélange des genres, des amalgames… qui sont allés bon train. J’avais déjà réagi le 6 décembre dernier, après un reportage diffusé sur Arté, et le fais de nouveau aujourd’hui toute plume dehors.
Si le bien-être n’est ni tout blanc ni tout noir, Monsieur de Lapalisse, sans omettre le fait qu’il soit marchand, le traiter en le délimitant mieux, changerait le propos et sa véracité. Ainsi, en moins d’une heure, j’ai traversé trois sphères suivant le plan d’une dissertation de collégien : thèse, anti-thèse, synthèse… sur fond d’une conclusion annoncée dans le titre :
Thèse : Le spa du Chabichou à Courchevel, un investissement indispensable pour cet hôtel de luxe dont la clientèle n’est « pas toujours skis aux pieds » ; Caudalie, une marque cosmétique mondiale, des spas de Vinothérapie à Martillac, à New York… et des investissements en R&D en hausse constante ; Japan Spa, un établissement lillois créé il y a quelques années, que la gérante développe sans se rémunérer encore.
Ni thèse ni synthèse ou neutre : Le point de vue de deux journalistes, l'une spécialiste des cosmétiques, le second du bien-être en général, tous deux en arbitres ou « troublions éclairés ». Who else ?
Anti-thèse : La magnétothérapie illustrée via la magnéto-addiction d’une quinqua parisienne ; les aventures d’Anne-Sophie lors de son cours de « Taï Chi Kung Yoga Psycho Sophro » à Paris puis lors de sa retraite à Bali, « entraînée » dans un groupe, par le professeur qui « l'entraîne » chaque semaine à Paris.
Synthèse : Anne-Sophie se sent très seule lors de sa retraite à Bali et conclut qu’elle aurait meilleur temps de trouver d’autres sources de bien-être, près de chez elle. Je ne suis pas sûre, non plus, qu’elle retournera chez son professeur de « Taï Chi Kung Yoga Psycho Sophro ».
Au final, je n’ai rien appris et c’est dommage…
Et s’il est vrai que certains praticiens abusent de la crédulité du consommateur, mélanger les genres avec partialité (souvenez-vous du titre…) pour conclure à l’emporte pièce nuit non seulement au sujet (le bien-être) mais au reportage lui-même. Il y a deux perdants dans l’affaire, dont le bien-être.
Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel édito.
Quelle question ! A peine connotée…
Vous l’aurez compris, il n’est pas de moi, mais celui d’un reportage diffusé le 18 mars dernier sur France 5, à l’heure du film du dimanche soir. Utile de préciser que nous sommes peu nombreux à l’avoir vu, préférant faire ou voir autre chose avant la reprise du lundi. Me sentant concernée, j’assume l’avoir regardé pour m’informer. Et je n’ai pas été déçue du mélange des genres, des amalgames… qui sont allés bon train. J’avais déjà réagi le 6 décembre dernier, après un reportage diffusé sur Arté, et le fais de nouveau aujourd’hui toute plume dehors.
Si le bien-être n’est ni tout blanc ni tout noir, Monsieur de Lapalisse, sans omettre le fait qu’il soit marchand, le traiter en le délimitant mieux, changerait le propos et sa véracité. Ainsi, en moins d’une heure, j’ai traversé trois sphères suivant le plan d’une dissertation de collégien : thèse, anti-thèse, synthèse… sur fond d’une conclusion annoncée dans le titre :
Thèse : Le spa du Chabichou à Courchevel, un investissement indispensable pour cet hôtel de luxe dont la clientèle n’est « pas toujours skis aux pieds » ; Caudalie, une marque cosmétique mondiale, des spas de Vinothérapie à Martillac, à New York… et des investissements en R&D en hausse constante ; Japan Spa, un établissement lillois créé il y a quelques années, que la gérante développe sans se rémunérer encore.
Ni thèse ni synthèse ou neutre : Le point de vue de deux journalistes, l'une spécialiste des cosmétiques, le second du bien-être en général, tous deux en arbitres ou « troublions éclairés ». Who else ?
Anti-thèse : La magnétothérapie illustrée via la magnéto-addiction d’une quinqua parisienne ; les aventures d’Anne-Sophie lors de son cours de « Taï Chi Kung Yoga Psycho Sophro » à Paris puis lors de sa retraite à Bali, « entraînée » dans un groupe, par le professeur qui « l'entraîne » chaque semaine à Paris.
Synthèse : Anne-Sophie se sent très seule lors de sa retraite à Bali et conclut qu’elle aurait meilleur temps de trouver d’autres sources de bien-être, près de chez elle. Je ne suis pas sûre, non plus, qu’elle retournera chez son professeur de « Taï Chi Kung Yoga Psycho Sophro ».
Au final, je n’ai rien appris et c’est dommage…
Et s’il est vrai que certains praticiens abusent de la crédulité du consommateur, mélanger les genres avec partialité (souvenez-vous du titre…) pour conclure à l’emporte pièce nuit non seulement au sujet (le bien-être) mais au reportage lui-même. Il y a deux perdants dans l’affaire, dont le bien-être.
Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel édito.